INTERVIEW AVEC SON EXCELLENCE MONSIEUR HASSAN NACIRI, AMBASSADEUR DU ROYAUME DU MAROC AU SENEGAL – « LA COOPERATION ENTRE LE MAROC ET LE SENEGAL EST UN AXE DETERMINANT AU DEVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE »

« Vers des chaines de valeur intégrées pour une Afrique Atlantique émergente ». Tel est l’intitulé du séminaire international organisé avant-hier dans les locaux de l’ambassade du Maroc à Dakar. La rencontre a réuni des universitaires, des hommes politiques, la société civile et d’autres acteurs de la société. Une occasion saisie par son Excellence Hassan  Naciri, ambassadeur du Maroc au Sénégal pour accorder une interview exclusive au journal 116poste.com basé à New York sur l’idée de cette rencontre, le rôle que le Sénégal, la Mauritanie et le Maroc peuvent jouer dans le développement du continent, surtout avec le gigantesque projet du gazoduc reliant le Nigeria au Maroc en passant par plusieurs autres pays.

116poste.com : Que représente l’idée de ce séminaire dans la vision marocaine pour le développement de l’Afrique ?

S.E Hassan Naciri : Ce  séminaire aborde la chaine de valeurs Atlantique, c’est-à-dire l’ensemble des infrastructures que nous devons réaliser et mettre en commun au service des communautés qui sont les nôtres. Autrement dit, le développement humain et la réalisation des objectifs.
Quand on parle de chaine des valeurs, on parle d’autoroutes, de routes, de ponts… On parle de toutes les infrastructures qui sont la base essentielle de tout projet de développement. Il se trouve que dans cette région, nous avons des ambitions qui remontent aux premières années de l’indépendance. Et ces ambitions tournent autour du développement de notre communauté. Et ce développement ne peut se réaliser sans les infrastructures. Quand on dit infrastructures, cela permet à nos états d’apporter la contribution souhaitée en matière de développement mais aussi au privé, aux particuliers et à nos populations. 

Quels sont les projets phares de ce programme ?
Du côté Marocain, nous avons sa Majesté le Roi Mohamed VI qui a eu à présenter trois initiatives en la matière. La première concerne la réalisation d’une structure de coopération, de coordination diplomatique entre les 23 pays. La seconde initiative concerne la facilitation de l’accès à l’atlantique du Sahel aux pays qui se sont pas Atlantique, qui n’ont pas de côte sur la mer. Enfin, la troisième initiative concerne le gazoduc. Donc le Maroc et 13 autres pays, en commençant par le Nigéria, sont en train de travailler à la réalisation du gazoduc Maroc-Nigéria. Cette installation va traverser 13 pays. L’utilité d’un tel projet tourne autour de son impact sur le niveau de l’énergie, de l’industrie, de l’agriculture etc. L’énergie est une question fondamentale, un besoin vital pour ces pays  qui ont un gros problème lié au déficit dans la fourniture d’électricité. Donc toutes ces questions seront réglées par ce projet. Le transport et l’exportation du gaz va passer vers le Maroc puis vers l’Europe. Mais aussi il y a l’impact que cela va produire sur l’économie, sur nos sociétés, sur la transformation de nos systèmes de production et de l’ensemble de nos systèmes productifs.

Quel rôle le Sénégal pourrait-il jouer dans la réalisation de ce projet ?
Nous avons parlé du Maroc, du Sénégal et de la Mauritanie. Le rôle du Sénégal est capital, parce que le Sénégal est à la fois producteur de gaz – donc exportateur – mais aussi, il est le point de départ du premier tronçon du gazoduc vers l’Europe à travers la Mauritanie et le Maroc. Donc le rôle du Sénégal est primordial et vous connaissez la qualité exceptionnelle de nos relations. Cela a été souligné par tous les intervenants de ce séminaire : les universitaires, les diplomates, la société civile et les représentants de son Excellence El Hadji Malick Ndiaye, notamment le vice-président chargé des questions de santé à l’assemblée nationale, qui a insisté sur la qualité exceptionnelle de cette relation. Donc, nous comptons énormément sur le soutien et la coopération du Sénégal pour la concrétisation de l’ensemble de ces projets. Mais, il faut ajouter que le Sénégal est présent dans toutes ces initiatives. Il y a une coordination et des échanges qui se font sur l’ensemble des aspects du projet

Quelles sont les fortes recommandations issues de ce séminaire ?
Globalement il a été demandé d’aller vers l’accélération de tous ces processus, de travailler pour l’appropriation de ces projets par la société civile et par les différents opérateurs économiques.  D’autres recommandations ont été abordées à savoir les aspects économiques, de financement et de réalisations d’infrastructures. Toutes les réflexions ont été très sages. Les intervenants ont tous loué cette initiative prise par sa Majesté le Roi Mohamed VI ; ils ont salué sa vision pour l’Afrique. Et il se trouve que le Maroc et les nouvelles autorités sénégalaises adoptent la même politique en matière de panafricanisme.

Comment se porte les relations Sénégalo marocaines actuellement et le volume des échanges ?
Nos relations sont très bonnes. Et, en réalité, elles ne se mesurent pas en termes de volume des échanges. Ce sont des relations très anciennes. Et ce qui pèse le plus lourd c’est le côté humain, culturel et religieux. C’est une relation d’une nature extraordinaire. Coté échanges, la politique de sa majesté le Roi Mohamed VI c’est d’adopter la politique de partenariat. Nous avons beaucoup de projets de partenariats à travers des sociétés de droit sénégalais. Ce sont des projets très importants et coûteux avec un impact très positif sur le plan économique et social. Sur le plan des échanges nous avons atteint, en fin 2024, un total de 370 millions de dollars, sans compter le secteur informel. C’est déjà bien, mais il faut dire que ce n’est pas plus élevé par rapport au potentiel existant. En matière de commerce et d’échanges, nos autorités  sont entrées en contact et sont en train de travailler pour que les exportations marocaines et sénégalaises augmentent. Nous sommes en train de voir avec les techniciens de commerce des deux côtés  ce qu’il y faut améliorer. Nous avons aussi des milliers d’étudiants sénégalais au Maroc et aussi il y a des milliers d’étudiants marocains au Sénégal.

Le président Moustapha Niasse a réaffirmé avec force la marocanité du Sahara. N’est-ce pas une position qui est également au centre aussi des relations entre le Sénégal et le Maroc ?
Exactement, c’est une position constante qui n’a jamais changé. Avec les nouvelles autorités, on nous a signalé dès le départ l’idée de hisser ces relations à un niveau jamais atteint. C’est le Premier ministre Ousmane Sonko qui l’a dit ouvertement. Donc les relations entre les deux pays sont extraordinaires et chacun travaille de son coté à les relever. Sur le plan de l’intégrité territoriale, sur les questions politiques, il y a une convergence totale.

Vous avez évoqué les points forts, quels sont les points faibles de la coopération ?

S’agissant des points faibles, nous considérons que ce qui a été réalisé est en deçà des attentes. Quand on parle des étudiants, le Maroc veut envoyer des étudiants au Sénégal et le Sénégal veut envoyer des étudiants au Maroc. Quand on parle du commerce, nos deux ministres viennent de se retrouver il y a deux semaines. L’idée est comment faire pour que l’exportation des produits marocains augmente en volume vers le Sénégal et inversement. Nous avons des ambitions et quand on voit les choses lointaines, on peut améliorer cette relation en allant plus haut, plus vite ; c’est tout à fait légitime. Je ne pense pas qu’il ait un point négatif mais il y a des défis que nous nous sommes fixés et il faut les relever.

Propos recueillis par Cheikh Tidiane MBENGUE

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