LUPUS : L’ALERTE SUR « LA MALADIE AUX MILLE VISAGES »

À l’approche de la Journée mondiale du 10 mai, le Dr Biram Codou Fall (Hôpital Dalal Jamm) mobilise l’opinion sur une pathologie dont la complexité diagnostique et le coût financier pèsent lourdement sur les patientes sénégalaises.

Une maladie rare aux mille visages

Le lupus fait partie des nombreuses maladies rares recensées dans le monde. Le Dr Fall souligne que son surnom, la « maladie aux mille visages », n’est pas usurpé : elle se manifeste sous des formes si variées que son diagnostic est souvent complexe et tardif. C’est une affection qui déroute, imite d’autres maux et nécessite une expertise particulière pour être identifiée.

Le spécialiste rappelle que le lupus n’est pas une agression extérieure mais un combat interne. Le système immunitaire retourné : Normalement chargé de protéger l’organisme, il se met à attaquer ses propres cellules. Une portée systémique : Si des formes purement cutanées existent, la maladie peut atteindre de nombreux organes vitaux : les articulations, les reins, le cœur, les poumons ou encore le système nerveux.

Le constat est sans appel : neuf patients sur dix sont des femmes.

Le facteur œstrogène : Le Dr Fall explique que certaines hormones féminines stimulent davantage le système immunitaire.

Le revers de la médaille : Si cette hyper-réactivité est un avantage face à certaines infections, elle devient un facteur de risque majeur pour le déclenchement du lupus.

Le nom « lupus » (loup en latin) vient de la forme des marques qu’il laisse sur le visage. Le médecin exhorte les populations à surveiller ces signes :

Le masque facial : Une éruption cutanée sur le nez et les pommettes évoquant les traits d’un loup ou d’un papillon.

Les lésions discoïdes : Des plaques rouges et épaisses, parfois accompagnées de démangeaisons, apparaissant sur le visage, les oreilles ou le cuir chevelu.

Autres signes : Une fatigue persistante, une chute de cheveux importante et des plaies buccales (aphtes) récurrentes, souvent peu douloureuses mais durables.

Un point crucial soulevé par le médecin interniste  concerne la nature des douleurs :

La mobilité de la douleur : Contrairement à d’autres rhumatismes, la douleur lupique est migratoire. Elle peut toucher le poignet un jour, puis se déplacer vers le genou quelques jours plus tard.

Le dérouillage matinal : Ces douleurs sont plus intenses au réveil, accompagnées d’une raideur qui nécessite un certain temps avant de retrouver une mobilité normale.

Le Dr Fall tient à rassurer pour briser la stigmatisation : le lupus n’est pas contagieux.

Aucun risque de transmission : On ne l’attrape pas en serrant la main, en partageant un repas ou en vivant avec une personne atteinte.

Pas une maladie de comportement : Elle n’est liée ni à un manque d’hygiène ni à un comportement à risque. C’est un dérèglement du systéme immunitaire.

L’alerte la plus vive du spécialiste concerne l’accessibilité financière pour la prise en charge des formes sévéres de la maladie.

Un fardeau financier : Le coût de la prise en charge est jugé « extrêmement élevé » pour la prise en charge des formes sévères de la maladie . Le Dr Fall révèle que certaines cures de traitement peuvent coûter plusieurs millions de francs CFA.

Le drame du retard diagnostique : Trop de cas arrivent encore dans les structures sanitaires à un stade sévère, avec des atteintes graves des organes (notamment des reins), rendant les soins encore plus onéreux et complexes.

En conclusion, le Dr Fall voit en cette Journée mondiale une occasion vitale de sensibiliser les autorités sanitaires et l’opinion publique. L’objectif est double : encourager un diagnostic précoce pour éviter les formes graves et plaider pour un meilleur accompagnement des patientes face au coût de cette maladie chronique.

L’essentiel à retenir : Devant une rougeur suspecte sur le visage ou des douleurs articulaires changeantes, le réflexe doit être la consultation. Le lupus n’est pas une fatalité, mais un défi médical et social qui nécessite une attention urgente des pouvoirs publics.

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